Politique culturelle à l’ère numérique

11.10.2012

Quelles devraient être les grandes priorités de la politique culturelle à l’ère numérique ?




les réponses et réactions

  • depassage le 24.01.2013 à 17 h 29 min

    Quand on parle de politique, il est souvent contre-productif de trop vouloir segmenter les champs d’applications de celle-ci (exemple des effets rebond…). En effet, l’ère du numérique est celle de technologie conduisant à une consommation plus importante de produits de divertissement, abusivement qualifié de « culturel ».
    Le pouvoir publique en matière de culture s’est fourvoyé en défendant essentiellement l’intérêt de certains oligopole; Où à l’autre extrémité de certaines cliques qui, bénéficiant de certains réseaux, s’entre-aident pour se soutenir les uns les autres (ce qui se rapproche du scandale de médailles sous la 3ème république). Exemple de ce phénomène, les critiques d’art qui poussent à faire acheter par la puissance publique des créations de leur amis, leur valeur comme critiques relevant de la prophétie auto-réalisatrice : le critique conseille l’artiste, donc l’artiste se vend, donc le critique avait raison et on l’écoute… C’est le même phénomène spéculatif que l’on retrouve sur les marchés boursiers. De même, quel apport culturel ont certaines productions télé-visuelles, financée à grand renfort de subvention, et qui évite tout sujet de société qui pourrait fâcher? Ce ne sont que des divertissements, qui ne méritent pas d’être financer autrement que par le consommateur ou les annonceurs (dans ce cas, c’est de toute façon le consommateur qui les financent par par leur intermédiaire).
    Donc une des priorité devrait de dissocier ce qui est produits de grande consommation ou phénomène de mode de ce qui est plus « culturel ».
    Une autre priorité, du fait du pouvoir régulateur des institutions, serait de limité certaines externalité qui dénature la culture. En priorité, les budgets publicitaires (ou de communication). Car quand un produit s’impose aux individu du fait du matraquage médiatique, financé par les budget marketing, alors on tend vers une acculturation.
    Cette limite pourrait ainsi dégager des budgets directs supplémentaires, que ce soit pour la création ou encore l’innovation; bref, des investissement supplémentaires dans l’avenir. De plus, de mémoire (je ne pourrait donc citer de sources ici), nous sommes déjà exposer à tant de matraquage publicitaire, que ses effets sont devenu quasiment inexistant. Chacun continuant de dépenser des somme absurdes juste pour maintenir sa notoriété.
    Cela impacte aussi la sécurité routière, puisqu’un conducteur est distrait du fait de cette omniprésence de visuels divers qui noient les signalétiques importantes sous un flux d’informations à traiter.
    Et enfin, ce matraquage médiatique semble même opposer au principe de « culture »; en effet, cette dernière ne réside-t-elle pas avant tout dans le temps d’écouter, de lire, de réfléchir pour évoluer. Alors que l’objectif du marketing médiatique est de nous saturer d’informations pour nous empêcher de réfléchir, donc d’être trop critique ? (Voir les déclarations du PDG de TF1 à ce sujet…)
    La politique culturel ne devrait-elle donc pas tenter de réguler les mass-media ?
    D’ailleurs cela est en lien direct avec la notion de valeur d’une œuvre. Mais je ne reviendrai pas ici la-dessus.
    Pour résumé, je citerais N. Mamère : « trop d’information tue l’information ». La politique culturel, devrait ainsi promouvoir une information de meilleur qualité. Et pour cela essayer d’en réduire le flux, pour que le citoyen arrête de subir celle que quelques entreprise préfèrent pour des questions de rentabilité.

    morigan le 27.12.2012 à 15 h 03 min

    @consultantnumerique
    Vous revenez régulièrement sur les usages pédagogiques privés commerciaux, j’avoue ne pas connaitre ce sujet, vous avez des exemples précis en tête ?

    Quoi qu’il en soit, je reste sur ma position pour ce qui est de l’exception pédagogique dans les écoles publiques, collèges, lycées : il faut l’étendre sans imposer des restrictions ridicules qui sont autant d’insulte à l’intelligence et une offrande aux ayants droits.

    consultantnumerique le 20.12.2012 à 14 h 40 min

    @jacti;
    vous avez raison de souligner la faiblesse de la segmentation des usages qui apparaît dans les discours -commerciaux et non commerciaux, dont l’opposition amènent nécessairement au clivage alors que l’on recherche un consensus.

    Quid des usages professionnels, des usages à des fins d’entreprise, des usages à des fins pédagogiques, des usages à des fins de recherche,…

    Et pour les usages pédagogiques et recherche, il ne faut pas oublier que ceux-ci peuvent être à des fins commerciales (instituts privés) et portées par des capitaux privés.

    jacti le 11.12.2012 à 15 h 17 min

    La politique culturelle à l’ère du numérique doit pouvoir permettre les échanges non commerciaux entre citoyens. Même la Spedidam est pour. C’est insensé de ne pas le permettre alors qu’avant le numérique on se prêtait des disques, on enregistrait sur K7, etc. Aujourd’hui, faire cela avec un fichier numérique est interdit. La culture, c’est avant tout un partage et toutes les études montrent que ceux qui échangent sont aussi ceux qui achètent le plus. La mission est sur la mauvaise voie car, une fois de plus, elle ne pense qu’en termes de lutte contre le piratage. Qu’une industrie consièdre, à ce point, comme ennemi, toute sa clientèle potentielle, est toute simplement aberrant. Je n’hésite pas à prédire, tout comme numérama, que la mission va se planter car elle semble incapable d’émettre la moindre idée novatrice et de prendre le problème dans le bon sens. Ne raisonner qu’en termes commerciaux et plaire aux lobbies ne fera pas avancer d’un iota le problème. Je l’ai déjà dit mais j’insiste, l’industrie musicale et le cinéma sont tout simplement en train de se suicider et pour l’industrie musicale, la mort est maintenant très proche pour les circuits dits « traditionnels » car les jeunes musiciens sont bien ailleurs que dans les circuits de distribution classiques.

    consultantnumerique le 22.11.2012 à 10 h 16 min

    @morigan,

    je vous remercie beaucoup pour ce lien. Effectivement un vrai casse tête….

    Mais le plus important est de se demander ce que veut dire « enseignement » et « recherche ».

    Avant c’était simple, tout était public et donc payé par nos impôts et cela semblait légitime de demander à cette catégorie de contribuables que sont les créateurs/auteurs de contribuer à l’enseignement et à la recherche en contrepartie de certains avantages fiscaux.

    Maintenant, l’enseignement et la recherche portent souvent des intérêts privés.
    C’est même parfois un véritable business.

    Y-a-t-il d’autres sites sur cette exception « pédagogique » ?

    morigan le 21.11.2012 à 13 h 38 min

    @ consultantnumerique : « Pourquoi dites vous que « l’exception pédagogique est ridicule » ? »

    Parce-que la loi est une choses, son application pratique en est une autre. En l’occurrence, l’exception pédagogique fonctionne par accords sectoriels sur les extrait, qui est définie de manière très stricte.

    Je vous renvie vers cette page qui montre ce qui est entendu par « extrait » à quel type d’œuvre on a le droit et combien :
    http://www.primlangues.education.fr/references/textes-officiels/droit-dutilisation-de-ressources-et-exception-pedagogique

    Après lecture, je vous laisse imaginer le casse tête auquel se trouverai confronté un enseignant s’il devait respecter chacun des points spécifiés. D’ailleurs, ces « accords » ne sont pas respectés par les enseignants, hein, il faut pas se leurrer. Mais plus encore, d’où sortent ces critères arbitraires sinon de la cuisse de Jupiter ?

    consultantnumerique le 20.11.2012 à 14 h 06 min

    @morigan
    merci pour votre réponse détaillée.

    Pourquoi dites vous que « l’exception pédagogique est ridicule » ?

    Voilà ce que l’on peut lire sur la L122-5
    [est autorisé]
    la représentation ou la reproduction d’extraits d’oeuvres (…)
    à des fins exclusives d’illustration dans le cadre de l’enseignement et de la recherche,
    à l’exclusion de toute activité ludique ou récréative,
    dès lors
    - 1. que le public auquel cette représentation ou cette reproduction est destinée est composé majoritairement d’élèves, d’étudiants, d’enseignants ou de chercheurs directement concernés,
    - 2. que l’utilisation de cette représentation ou cette reproduction ne donne lieu à aucune exploitation commerciale et
    - 3. qu’elle est compensée par une rémunération négociée sur une base forfaitaire (…)

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006069414&idArticle=LEGIARTI000006278917&dateTexte=20081211

    morigan le 20.11.2012 à 12 h 38 min

    @consultantnumerique

    - « qu’entendez-vous exactement par zone de « Fair Use » que vous mettez avec des majuscules (alors vous mettez « exceptions au droit d’auteur » avec minuscules) ? »

    Bon, je suis un dilettante, donc je peux dire des bêtises, mais le « fair use » qu’on pourrait traduire par « usage raisonnable » est, en gros, un dispositif légal dans l’espace copyright qui encadre les utilisations non marchandes des œuvres de l’esprit.

    Je n’ai pas consciemment mis puis omis les majuscules, mais je ne les renies pas, pour un certain nombre de raisons. Le « fair use » n’existe pas en droit français, par défaut, tout usage non prévu (par exemple sans verser sa dîme à la sacem) est soit une contrefaçon soit un recel de contrefaçon.
    Cependant nous avons quelques exceptions, comme la caricature, la copie privée ou l’exception pédagogique. Sauf que ce sont des exceptions, pas des droits, tout au plus des actes tolérés. En outre, si on se penche sur ce que ça recouvre, en particulier l’exception pédagogique, on remarque que c’est juste ridicule.

    - « Comment voyez vous l’articulation entre cette zone de Fair Use et les licences Creative Commons ? »

    Ce sont des choses très différentes dans leur principe, mais qui peuvent être proches dans la pratique. Avec les Creative Commons, il est possible de mettre en place par contrat l’usage raisonnable que le droit français ne possède pas. En laissant des œuvres à dispositions sous certaines réserves (pas d’usage commercial par exemple) on obtient quelque chose de beaucoup plus rassurant que les maigres exceptions autorisées par la PI.

    Le problème avec les creative commons par rapport au fair use et aux exceptions au droit d’auteur, c’est que ça n’a rien de systématique. C’est au bon vouloir de l’auteur, ou pire, des ayants droits, lesquels ne brillent pas dans ce domaine et bloquent généralement tout usage qui ne leur rapporte pas beaucoup d’argent.

    picco637 le 06.11.2012 à 16 h 23 min

    Bonjour,

    je rejoins les points soulevés par l’ensemble des personnes qui sont intervenues sur ce sujet et en particulier ceux de @morigan qui sont clairement exposés.

    Je rajouterais :

    - Il faut oublier le système « prix unique du livre » pour les versions numériques. ( on se retrouve avec des fichiers 35% plus chers que les poches pour un simple droit d’utilisation limité). C’est d’un autre age, d’autant plus que nous ne possédons pas le fichier!

    - Rendre illégal tous les systèmes de protection type DRM. La seule personne à qui ça pose problème est la personne qui a acheté légalement l’oeuvre! Cela ne sert à rien, les pirates auront toujours de l’avance sur les éditeurs! Par conséquent : instauration du système ATAWAD!
    Exemple de verrouillage qui gène uniquement les utilisateurs « légaux » :http://www.actualitte.com/recompenses/prix-du-roman-fnac-patrick-deville-ou-la-bataille-numerique-36335.htm .
    Je rajouterai qu’amoureux du CD, de part sa matérialité, la possibilité d’avoir directement les paroles, une pochette recherchée et parfois même un boitier travaillé, il m’est arrivé à plusieurs reprises il y a 5 à 10 ans de ne pas pouvoir lire un CD officiel sur une platine de qualité, ou avec mon autoradio car ces derniers avaient une protection Anti-Copie : une fois de plus, seule la personne qui paye est embêtée. Il faut que TOUTES CES PSEUDOS PROTECTIONS DISPARAISSENT!

    consultantnumerique le 23.10.2012 à 19 h 24 min

    @Morigan,

    qu’entendez-vous exactement par zone de « Fair Use » que vous mettez avec des majuscules (alors vous mettez « exceptions au droit d’auteur » avec minuscules) ?

    Comment voyez vous l’articulation entre cette zone de Fair Use et les licences Creative Commons ?

    morigan le 23.10.2012 à 17 h 41 min

    - Revoir complètement le système des exceptions au droit d’auteur.

    - Créer une zone de Fair Use, sans quoi l’application du droit d’auteur devient une arme de censure qui nuit à la création plus qu’elle ne la protège.

    - Étendre l’exception pédagogique : les notions d’extraits, leurs durées et leurs restrictions sont ridicules. Elle ne sont ni respectées ni applicables, et le personnel pédagogique les méconnaissent ou les ignorent sciemment.

    - Il manque un médiateur entre les ayants droits et les plate-formes, qu’elles soient numériques ou physiques (les bibliothèques). Les exigences ubuesques des ayants droits ont forcé plusieurs plate-formes à poser la clefs sous la porte parce-que les sommes exigées sont totalement déconnectées de la réalité. Les bibliothèques doivent renoncer à de nombreuses œuvres, parce-que les droits doivent être négociés au cas par cas, et que là encore, les sommes exigées atteignent des sommets.

    - Il y a un flou autour de la copie privée et de sa taxe non créatrice de droit. Au final, personne n’est content de cette taxe, et elle ne règle rien.

    - Favoriser l’Open Data, l’Open Source, l’usage des Creative Commons.

    - Imposer l’interopérabilité. Les plate-formes illégales sont interopérables, elles. Et ça fonctionne mieux que la plupart des plate-formes légales. Même quand il faut payer. Étonnant, non ?

    - Imposer la neutralité du Net.

    - Cesser la chasse aux pirates : inutile de traiter les symptômes en amont (les sites et logiciels de partage) en aval (les pirates) voir même au milieu du flux (DPI, bridage et filtrages). C’est contre productif, cela donne une mauvaise image du secteur de la culture, cela gaspille des millions sans aucun effet réel sur le piratage, bref, c’est une perte de temps et de moyens.

    consultantnumerique le 19.10.2012 à 15 h 15 min

    @arts2vivre
    merci pour votre réponse.
    Permettez-moi de poursuivre par cette nouvelle question :
    Avez-vous entendu parler de l’Open Source ?

    arts2vivre le 18.10.2012 à 18 h 34 min

    @consultantnumérique:
    J’entendais par « ouvertes », accessibles: c’est à dire abordable d’une part, comme je le précisais, mais aussi médiatisées, dans le sens, rendues compréhensibles à tous publics et pas que les élites…

    Sinon, je rejoins tout à fait les observations de yt75 qui exprime plus techniquement, sur cette question comme sur d’autres sujets d’ailleurs, certaines pistes que j’avais en tête sans réussir à les formuler aussi bien.

    morossimo le 18.10.2012 à 10 h 29 min

    D’abord une vision mondiale des concepts. Le franco-français est « mort » à l’heure européenne, mais même une vision européenne est déjà dépassée. Ensuite une table rase du passé, car vouloir reconduire , c’est stagner. Les deux dimensions spatiales et temporelles sont donc à reconsidérer. Enfin, de l’imagination, de la volonté , de la conviction. Peut-on, doit-on imaginer que le nouveau système fonctionne manuellement ? sans électricité ? Si oui, il n’y a pas d’issu. Si non, alors l’avenir doit inclure une autre dimension: la mesure de la consommation de l’information. Car la culture à l’ère du numérique n’est que de la consommation d’un certain type d’information qu’il faut, au même type que n’importe quel autre flux eau, gaz, électricité pouvoir mesurer, imputer, facturer etc… La partie culture numérique n’est qu’un tout petit bout qui ne devrait pas être appréhender dans une commission avec une vocation aussi réduite. (il faudrait que je relise la lettre de mission) . Autrement dit, il n’y a pas de priorité culturelle possible actuellement
    .

    consultantnumerique le 13.10.2012 à 8 h 41 min

    @Arts2vivre
    que voulez-vous dire par « créations culturelles ouvertes » ?

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